Idéation produit vs idéation innovation : ce qui change (vraiment) dès la première session
Le vrai risque en innovation : réussir techniquement sur le mauvais sujet.
Votre équipe sait livrer. Elle l’a prouvé. Mais quand elle attaque un POC innovation avec les mêmes réflexes qu’une V1 classique, elle produit un bel objet technique que personne n’attendait.
Dans cet article :
Pourquoi le même process d’idéation produit de la fiabilité en V1 et de l’aveuglement en POC innovation
Les 5 lignes de fracture entre les deux modes (point de départ, risque, livrables, posture d’équipe, rapport au temps)
Une grille de décision en 3 questions pour savoir dans quel mode vous êtes avant d’entrer en salle
Les 4 erreurs récurrentes qui sabotent les POC, y compris celle dont personne ne parle : le storytelling des résultats vers le COMEX
Un tableau de synthèse à garder sous le coude
Le degré d’incertitude change tout
Tim Herbig, praticien reconnu du Product Discovery, pose un principe limpide : c’est le degré d’incertitude qui détermine si vous devez explorer ou exécuter. Pas la taille du projet. Pas le budget.
Marty Cagan (Silicon Valley Product Group) martèle la même idée depuis 20 ans. Découvrir le bon produit et bien le construire sont deux activités distinctes. Deux logiques. Deux définitions du succès.
Tout le monde acquiesce en conférence. Presque personne ne change ses sessions d’idéation en conséquence.
Bon, concrètement, qu’est-ce qui change ?
Ce qu’on pose sur la table
En V1 classique, l’idéation démarre avec un périmètre fonctionnel. Le besoin est documenté. La demande est validée. La question : comment on va le construire ?
En POC innovation, l’idéation démarre avec un problème flou. On ne sait pas si ce problème est réel pour la cible. On ne sait pas si quelqu’un paierait pour la solution. La question : est-ce que ça vaut le coup de construire quoi que ce soit ?
En V1, on fait du story mapping. En POC, on fait du problem framing et du Jobs-to-Be-Done. Confondre les deux revient à répondre à “est-ce qu’on devrait creuser ici ?” par “voici le plan de la maison”.
Aristote faisait déjà une distinction utile dans l’Éthique à Nicomaque entre episteme (la connaissance de ce qui est stable) et phronesis (la sagesse pratique face à l’incertain). L’idéation V1 mobilise la première. L’idéation POC mobilise la seconde. Ce ne sont pas les mêmes facultés intellectuelles.
Le risque qu’on cherche à réduire
En V1, le risque dominant est technique. L’architecture tiendra-t-elle ? Peut-on livrer dans les temps ? L’idéation sert à anticiper les obstacles d’exécution.
En POC innovation, le risque dominant est un risque de valeur. Est-ce que quelqu’un veut cette chose ? Le problème est-il assez douloureux pour justifier un changement de comportement ?
Ash Maurya, créateur du Lean Canvas, le formule directement : le vrai job d’un innovateur, c’est de dé-risquer systématiquement un business model. Lister les croyances non vérifiées. Les hiérarchiser. Concevoir des expériences pour les tester. C’est de l’assumption mapping, ça n’a rien à voir avec du sprint planning.
La posture déstabilise les équipes habituées au Delivery. Le danger, ce n’est pas de mal construire. C’est d’investir trois mois sur un problème fictif.





