« Papa, raconte-moi une histoire sans histoire. »
C’est ce que ma fille de 7 ans me demande chaque soir. Pas un livre : une histoire inventée, là, tout de suite. Un de ces soirs est né Pierre et les trésors de la forêt. Un petit garçon trouve cinq pièces d’or dans la forêt, les trésors s’envolent, il se perd, et un grand hibou blanc le protège jusqu’au matin.
Ces histoires disparaissaient au réveil. J’ai voulu garder celle-là.
Je ne dessine pas. Je ne monte pas de vidéo. Pourtant, quelques jours plus tard, Pierre est devenu un dessin animé de 16 minutes : 42 plans, 7 voix, une berceuse chantée, en français, en anglais et en espagnol.
Voici exactement comment je m’y suis pris, étape par étape, en séparant ce que j’ai fait et ce que Claude Code a fait. Vous pouvez reproduire la méthode avec vos propres histoires.
Ce qu’il vous faut
Claude Code Opus 5.5 : il pilote tout le reste et écrit le code.
Une clé Google AI Studio avec du crédit prépayé (j’ai mis 50 €) : images, voix, musique, traductions.
Runway connecté à Claude : animation de quelques plans et bruitages.
En option, ElevenLabs : des voix plus expressives. Créez une clé API limitée aux fonctions utiles, avec un plafond de crédits.
Comment brancher Claude Code sur Runway, Google et ElevenLabs
Il y a deux façons de donner des outils à Claude Code : un connecteur, ou une clé d’API.
Pour les videos :
Runway, par connecteur. Runway propose un connecteur pour Claude (un serveur MCP). Une fois ajouté et relié à votre compte Runway, Claude voit directement les fonctions de Runway : générer une vidéo à partir d’une image, créer un effet sonore, envoyer un fichier. Il les appelle comme n’importe quel outil, et les crédits sont débités sur votre compte Runway.
Pour les voix :
Google, par clé d’API. Dans Google AI Studio, créez une clé et chargez du crédit prépayé. Donnez la clé à Claude Code : il écrit de petits scripts qui appellent directement l’API Gemini pour les images, les voix, la musique (Lyria) et les traductions. Pas de connecteur nécessaire.
ElevenLabs, par clé d’API. Même principe. Au moment de créer la clé, ElevenLabs permet de choisir les fonctions autorisées (voix, effets sonores, musique, transcription) et de fixer un plafond de crédits. J’ai ouvert uniquement ce qui servait au projet.
Étape 1 : écrire l’histoire
Tips : dictez votre histoire plutôt que de l’écrire, c’est plus fidèle. Racontez-la à voix haute comme à votre enfant, enregistrez, et donnez la transcription brute à Claude Code, même si elle est brouillonne. J’ai d’abord essayé une version rédigée à partir de cette transcription : elle sonnait faux. La dictée telle quelle, avec ses hésitations et ses répétitions, a donné le bon résultat
Claude Code : découpe l’histoire en plans (42 pour 16 minutes) et en répliques (124), avec pour chacune le personnage qui parle et le ton.Étape 2 : les images
Étape 3 : animer quelques plans clés
Tips : choisissez combien de plans animer. J’en ai pris 4, les plus forts, pour maîtriser les crédits Runway (environ 145 crédits par plan de 5 secondes).
Claude Code : les génère dans Runway avec le modèle Seedance 2, puis les ralentit au montage. Les autres plans vivent grâce à des mouvements de caméra lents sur l’illustration.
Étape 4 : les voix, la musique et les bruits
Claude Code :
enregistre chaque réplique avec Gemini TTS, une voix par personnage ;
compose les ambiances et une berceuse chantée avec Lyria 3 ;
crée les bruitages dans Runway (pièces qui tintent, cheminée, forêt la nuit).
Attention : un modèle de voix m’a inventé un paragraphe entier au lieu de lire le texte. Demandez un contrôle de durée sur chaque réplique.
Tips : choisissez le fournisseur audio à l’oreille. J’ai d’abord testé les deux générations de voix Google (Gemini 2.5 TTS et Gemini 3.1 Flash TTS) : la plus récente est un chouilla meilleure. Puis j’ai fait un test à l’aveugle sur la scène du hibou, Google contre ElevenLabs. Eleven v4 l’emporte nettement, sur les voix comme sur les sons et les ambiances, mais coûte plus cher.
Étape 5 : le montage
Claude Code : il n’y a pas de logiciel de montage.
Cest lui, le monteur.
Il écrit un petit moteur qui place images, voix et musique à la seconde près, baisse la musique quand quelqu’un parle et calcule la vidéo image par image.
Tips: regardez la vidéo en entier et donnez des retours simples. Les miens : « un tout petit peu plus de rythme », puis « coupe la musique sous la berceuse, ne touche à rien d’autre ». Chaque correction prend quelques minutes.
Étape 6 : les autres langues
Claude Code : traduit le texte, refait les 7 voix avec Google/Elevenlabs, rechante la berceuse et recale chaque réplique sur l’image. Il produit aussi les sous-titres et les titres traduits.
Tips : choisissez le fournisseur de voix à l’oreille. J’ai fait un test à l’aveugle sur la scène du hibou, Google contre ElevenLabs. ElevenLabs joue mieux mais coûte plus cher : je l’ai pris pour l’espagnol.
Pourquoi ne pas laisser YouTube traduire tout seul ? YouTube propose un doublage automatique, mais il lit toute la vidéo avec une seule voix de synthèse. Pierre, son père, sa petite sœur et le hibou parleraient tous avec la même voix, et la berceuse ne serait pas rechantée. Or un enfant suit une histoire grâce aux voix : il sait qui parle avant même de regarder l’écran. Avec une voix IA par personnage, chaque langue garde ce qui fait le conte : le grand hibou grave et doux, le petit garçon qui a peur, la maman rassurante. C’est plus de travail, mais pour un enfant, c’est toute la différence entre une histoire et une lecture.
Les pièges à connaître
Les quotas : les voix Google sont limitées à 50 ou 100 requêtes par jour. Une langue entière peut demander deux jours.
Le plan gratuit d’ElevenLabs ne donne accès qu’aux voix de base et s’épuise vite. L’abonnement Starter (1 $ le premier mois) débloque la bibliothèque de voix et la licence commerciale.
La voix d’enfant : aucun fournisseur ne la réussit encore vraiment.
Le doublage automatique de YouTube : une seule voix pour tous les personnages, à éviter pour un conte.
Ce que ça m’a coûté
50 € de crédit Google, pas entièrement consommé, des crédits Runway pour 4 plans (j’ai pris le plan à 40€, utilisé à 75%)), et 1€ d’ElevenLabs.
Mais le vrai investissement, c’est le temps passé à regarder et à dire ce qui ne va pas.
Je dirai entre 80 et 100€ environ donc.


